Matthieu Thibault

Dernière mise à jour le 31 mars 2017
La Trilogie Bowie-Eno

(Camion blanc, 2011)

En 1976, après l’exubérance glam rock et la soul désincarnée, David Bowie opère une nouvelle et radicale transformation. Autrefois fasciné par l’Amérique et ses rêves hollywoodiens, le dandy européen, alors âgé d’à peine trente ans, tourne le dos à la célébrité et laisse désormais place à l’essentiel : la musique. Par l’entremise de collaborateurs aussi géniaux et variés qu’Iggy Pop, Robert Fripp, Carlos Alomar, le fidèle producteur Tony Visconti et, surtout, le « non-musicien » Brian Eno, Bowie réalise une trilogie d’albums essentiels qui élargit les frontières de la pop. Low, « Heroes » et Lodger transforment le studio d’enregistrement en instrument de création ultime dans lequel Bowie, Eno et Visconti sculptent, façonnent et subliment le son du futur en devenir. Ce livre raconte comment la superstar Bowie redéfinit les standards pop comme l’avaient fait les Beatles dix ans avant lui. Il détaille les influences croisées de l’Allemagne et de Brian Eno – ses idées, ses concepts, sa musique -, autant qu’il décrit les séances d’enregistrements et analyse les albums par une approche sérieuse adaptée au langage rock.

Bitches Brew ou le Jazz Psychédélique

(Le Mot et le reste, 2012)

Le double LP du trompettiste et compositeur de jazz Miles Davis Bitches Brew (littéralement « brouet de salopes », un jeu de mot en résonance avec l’expression « Witches Brew », la « potion de sorcières »), sorti en 1970, marqua une rupture dans l’histoire du jazz et dans celle du rock ainsi que l’avènement d’un genre nouveau, le jazz rock ou fusion. Miles Davis a su tout au long de sa carrière s’affranchir des codes, renouveler ses champs d’expérimentations. La tournure rock et psychédélique prise dans Bitches Brew avait déjà été amorcée dans ses albums précédents, In A Silent Way notamment. Mais c’est Bitches Brew qui véritablement parvient à métisser les textures et les influences. Fruit de la collaboration entre Miles et le producteur Teo Macero, dont le nouveau langage musical non-instrumentiste « influencera lui-même des générations de musiciens électroniques et rap », fruit aussi de la découverte qu’a faite Miles peu auparavant des musiciens noirs américains de rock et de soul, en première ligne desquels Jimi Hendrix, Bitches Brew est une vraie révolution.

David Bowie, l’avant-garde pop

(Le Mot et le reste, 2013 (nouvelle édition 2016))

Un demi-siècle après ses débuts, la carrière protéiforme de David Bowie représente encore un modèle en termes d’art audiovisuel, constamment à la frontière de l’avant-garde et du divertissement. Croisement d’influences et de collaborateurs sans cesse renouvelés – notamment Andy Warhol, Brian Eno, Nile Rodgers ou Nine Inch Nails – l’œuvre de Bowie se veut en perpétuelle mutation. Ayant inspiré pendant des décennies des créateurs aussi divers que Joy Division, Prince, Radiohead ou Lady Gaga, tous marqués par son travail sur le rapport entre musique et image et par l’équilibre qu’il instaure entre expérimentation et pop music, Bowie est à l’honneur dans le livre de Matthieu Thibault. Il analyse ainsi la discographie complète de l’artiste période par période, collaborateur par collaborateur, des premiers singles mods du milieu des sixties jusqu’aux adieux étincelants de Blackstar en janvier 2016.

 
Sonic Youth

(Le Mot et le reste, 2015)

Formé en 1981 sur les cendres des mouvements punk et no wave new-yorkais, Sonic Youth a marqué durablement l’histoire du rock moderne. Dans une démarche toujours avant-gardiste, Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley ont su accéder au succès avec un noise rock novateur qui s’est renouvelé au fil de leur vingtaine d’albums. Partisans du Do It Yourself, Sonic Youth a commencé sur des labels indépendants et privilégié des collaborations avec une scène artistique émergente dont Raymond Pettibon, Sofia Coppola, Spike Jonze ou Chloë Sevigny. C’est au début des années 1990 que le groupe décolle et accompagne la vague grunge et l’âge d’or des clips MTV, gagnant une notoriété importante sans pour autant amoindrir son exigence musicale. Séparé en 2011 suite au divorce de Moore et de Gordon, Sonic Youth a contribué à l’émergence d’artistes comme Nirvana ou Beck et a inspiré et inspire encore de nombreuses formations, de Mogwai à Pavement en passant par Liars.